—À peu près. Mais je n'ai pas voulu désoler le cher prince, qui déjà s'afflige outre mesure. Et le fait est qu'il a raison. Une armée en Lorraine, une en Picardie, une au midi, n'était-ce point suffisant pour épuiser la France? Voilà qu'il en va falloir conduire une quatrième en Champagne.

—Sans compter que, pendant ce temps, on fera quelque mauvais coup à Paris, si le roi en bouge, dit Espérance.

—Précisément, fit vivement le moine.

—Vous êtes là tous deux, s'écria le chevalier, à énumérer les chances de ruine, et vous ne diriez pas un mot des moyens de salut.

—Salut!… murmura Pontis redressé sur ses reins et luttant pour élever son intelligence d'un degré au-dessus du niveau des fumées qui l'absorbaient.

—Tâche de te taire, toi, dit Crillon en le regardant de travers, ou je te fais sortir du ventre tout le vin que tu as bu.

—Notre frère Robert, reprit Espérance, n'a-t-il pas quelque bon expédient à nous offrir? Sa sagesse, si je ne me trompe, doit lui fournir des ressources.

—La sagesse, répondit le moine, dit ceci: Détruis la cause et tu supprimes l'effet.

—Parbleu! la belle affaire, on le sait bien, répondit Crillon. Détruis la
Ramée, tu n'as plus de guerre civile. Mais, comment le détruire?

—C'est difficile, articula frère Robert sans manifester la moindre émotion. Il est dans son camp bien gardé, bien veillé au milieu d'une armée, c'est-à-dire de deux ou trois régiments de ligueurs.