Crillon ravageait avec colère sa moustache, qui n'en pouvait mais.

—Jolie armée, murmura-t-il. Qu'on me donne deux cents hommes, et je fais pendre tout cela.

—On ne vous donnera pas deux cents hommes, dit le moine; et d'ailleurs, vous les donnât-on, ces rebelles ne vous attendraient pas, ils se replieraient devant vous jusqu'à ce qu'ils eussent grossi au point d'accepter la bataille.

—Eh bien, après, bataille!

—Guerre civile, dit froidement frère Robert. C'est précisément ce qu'il faut éviter.

—Voudriez-vous par hasard détruire une armée sans la combattre? demanda ironiquement Crillon.

—Oui, je le voudrais, répondit le moine en attachant ses regards pénétrants sur le guerrier.

Espérance comprit que le génovéfain avait son idée prête, et réunit toute son attention pour la deviner.

—Si l'on était géant, poursuivit Crillon, on dévorerait ou l'on écraserait ces pygmées, mais nous ne sommes plus au temps des mirmidons.

—Vous êtes aussi géant que l'étaient les héros d'Homère, dit le génovéfain, et tout ce qu'ils ont fait, vous êtes capable de le faire.