La Ramée frissonna d'être obligé de quitter Henriette dont l'entretien avec Espérance atteignait en ce moment le maximum de l'animation. Mais Pontis le tenait galamment par le bras et le conduisait vers les bâtiments du couvent. Il fallait marcher.

—Voyez-vous, dit Pontis, j'habite ce couvent depuis assez de temps pour en avoir sondé, visité, éventé tous les bons coins et les cachettes; je ne saurais vous détailler tout ce qu'il m'a fallu d'artifices pour me glisser soit dans les offices, soit dans la cuisine, afin de dérober, à l'insu du frère parleur, les potages, bouillons, cuisses ou blancs de volaille, qui m'ont ainsi redressé, fortifié, enluminé le pauvre Espérance. Vous lui avez tiré tant de sang!

—Vous pourriez bien marcher sans tant de verbiage, grommela la Ramée.

—C'est pour que la route vous semble moins longue. Je réponds d'ailleurs à votre question: Où allons-nous? eh bien, nous allons gagner un petit degré derrière la cuisine, tourner le long de l'office, puis autour de la chapelle, descendre à l'étage souterrain où se trouvent les bûchers. Rassurez-vous, les caves sont plus bas. Le couvent est supérieurement bâti, monsieur; il y a trois étages de caves.

A ce moment, en effet les deux jeunes gens pénétraient dans le corridor où commençait l'escalier annoncé par Pontis, et que peut-être nos lecteurs se rappelleront pour y avoir vu descendre le frère parleur et M. de Liancourt.

C'était, en effet, un endroit désert, sans communication utile, et qui prenait son jour ou plutôt son crépuscule par les soupiraux d'une cour intérieure.

La Ramée s'arrêta sur le point de descendre.

—Comme nous n'allons pas sans intention dans cet endroit, monsieur, dit-il à son guide, comme ces intentions ne sont pas caressantes, vous trouverez bon que je prenne mes précautions.

—Comment donc, monsieur, lesquelles?

—Je tire d'abord mon épée.