—Comme vous voudrez, moi je laisse la mienne au fourreau.

—Ensuite, vous, passez le premier.

—Oh! mais, monsieur, c'est beaucoup exiger, dit Pontis. Car enfin, je suppose que le pied vous manque, et que sans mauvaise volonté aucune, vous tombiez sur moi, vous étendrez la main pour vous retenir, et cette diablesse d'épée que vous tenez à la main m'entrera dans le corps, ce qui vous chagrinerait et moi aussi. Non, prenons d'autres arrangements.

—Sais-je, moi, si vous n'avez pas préparé quelque piège dans cette obscurité?

—Vous avez raison, cela peut se supposer. Eh bien, gardez votre épée nue si bon vous semble. Mais pour vous prouver mon désir de vous être agréable, partageons le différent par la moitié: vous aurez les deux épées, voici la mienne, et vous descendrez le premier. Cela vous va-t-il? Si l'escalier était assez large nous descendrions de front, mais il ne l'est pas.

La Ramée prit les deux épées avec une satisfaction féroce, et il se mit à descendre à reculons, les épées sous le bras, l'oeil avidement fixé sur le moindre mouvement de son adversaire.

Ils arrivèrent ainsi dans un corridor long et sablé de sable fin; il y régnait une fraîcheur charmante. Le jour qui descendait par les guichets était bleuâtre, et se jouait en tons blafards sur les vieux murs.

—Voyez! s'écria Pontis, si l'on n'est pas ici à merveille. La porte que vous voyez là, et dont l'imposte est garnie de barreaux de fer, c'est sans doute une cave à vins fins.

—EU bien, faisons vite, dit la Ramée; Mais le corridor est trop étroit, nos épées toucheront les murailles à chaque parade.

Pontis, avec un sourire étrange: