—J'en attends d'autres, murmura-t-elle outrée de rage.
Le duc de Feria comprit qu'on le congédiait. Il se trouvait dans la plus horrible perplexité. Le départ de M. de Mayenne, c'était un coup mortel pour la Ligue. Comme elle se composait de deux éléments, le français l'espagnol, dont le premier seul faisait tolérer le second aux ligueurs de bonne foi, cet élément retiré de la question changeait la Ligue en une occupation étrangère. Il n'y avait plus en présence des Français contre des Français: la France se dessinait d'un côté, l'Espagne de l'autre. Philippe Il n'avait pas prévu cette solution.
La duchesse elle-même ne l'avait pas soupçonnée; la pâleur et son tremblement nerveux l'indiquaient suffisamment. Lorsque le duc espagnol, vacillant, hébété, tournait et retournait sans pouvoir se décider à sortir, malgré le triple salut que venait de lui adresser Mayenne:
—Veuillez, monsieur le duc, dit-elle tout bas, me laisser causer seule avec mon frère; je le ramènerai.
Brissac s'inclinant fit mine de partir pour entraîner M. de Feria.
—Oh! vous pouvez rester, s'écria-t-elle, monsieur le gouverneur.
L'Espagnol, piqué au vif, sortit sans dissimuler son trouble et sa colère.
Brissac, qui flairait l'orage, se mit dans le plus petit coin qu'il put trouver.
—Mon frère! s'écria la duchesse avec l'impétuosité d'un torrent, vous êtes bien dans votre bon sens, n'est-ce pas?
—Si bien, ma soeur, répliqua Mayenne, que je vais vous dire des choses qui vous surprendront.