—Si elles me prouvent qu'en partant vous ne laissez pas la couronne au
Béarnais, j'accepte.

—Oh! loin de là! Mais, entre nous, en famille, je peux bien être franc.
Oui, je laisse la couronne au Béarnais; mais, qu'importe?

—Comment, qu'importe! vociféra la duchesse, c'est un Guise qui parle ainsi?

—Pardieu! qu'ont fait toujours les Guise? Ils ont voulu régner, n'est-ce pas? Mon grand-père y a tenté, mon père aussi, moi aussi, vous aussi, ma soeur, et votre neveu aussi. Chacun pour soi, en ce monde. Tant que j'ai travaillé pour moi, j'allais bravement; mais depuis qu'il s'agit de faire mon neveu roi de France, je renonce. Écoutez donc, j'ai des enfants, moi, et je ne me soucie pas qu'ils soient au-dessous de leur cousin.

—Ah! voilà donc le motif, murmura la duchesse avec un sombre dédain.

—Assurément le voilà; je n'en ai pas d'autre. Vous vous en étonnez?

—J'en suis honteuse.

—Vous devriez garder cette pudeur pour vos propres intrigues. Que vous conspiriez contre un roi pour venger votre frère, passe encore; mais que vous vendiez à l'Espagnol votre frère mille fois trahi, mille fois sacrifié pour assouvir cette rage que vous avez de gouverner sous un enfant, je ne vous le passerai point. Vous complotiez avec l'Espagnol; tirez-vous d'affaire avec lui.

—Vous vous repentirez.

—Moi? jamais.