La Ramée s'approcha du cheval d'Henriette, comme pour rattacher la boucle d'un étrier.
—Vous voyez qu'on me chasse, dit-il tout bas; mais moi je veux rester!
Et il s'éloigna sans affectation, après avoir rendu son service.
Henriette hésita un moment, elle avait rougi de fureur à l'énoncé si clair de cette volonté insultante. Mais un regard de la mère qui avait tout compris, la força de rompre le silence.
—Monsieur la Ramée, dit-elle avec effort, peut très-bien nous escorter jusqu'à Saint-Denis sans pour cela y entrer ni assister a la cérémonie.
—Assurément, répliqua-t-il avec une satisfaction hautaine.
—Comme vous voudrez, dit M. d'Entragues. Mais partons, mesdames. M. le comte d'Auvergne vous a dit, souvenez-vous-en, qu'il fallait, pour être bien placés, que nous fussions avant sept heures et demie devant l'église.
Toute la cavalcade se mit en marche avec un bruit imposant. Les chiens s'élancèrent, les chevaux piaffèrent sous la porte, pages et écuyers demeurèrent à l'arrière-garde, deux coureurs gagnèrent les devants.
Henriette, par une manoeuvre habile, se plaça au centre, ayant sa mère à droite, son père à gauche, de telle façon que, pendant la route, la Ramée, qui suivait, ne put échanger avec elle que des mots sans importance.
De temps en temps, elle se retournait comme pour ne pas désespérer tout à fait sa victime, qui, se rongeant et contenant sa bile, voulut cent fois s'enfuir à travers champs, et cent fois fut ramené par un fatal amour sur les pas de cette femme qui semblait tirer à elle ce misérable coeur par une chaîne invisible.