Il fallait la voir levée avant le jour, parcourir les rues de Paris à cheval, avec un cortège de capitaines. Partout, sur son passage, des ligueurs s'empressaient d'aller chercher un peu d'espoir. Elle criait à s'enrouer: «Je reste avec vous, Parisiens!» Elle agitait des écharpes, inventait des devises, elle se donnait enfin plus de mouvement qu'il n'en fallait pour que les tièdes ligueurs la trouvassent souverainement ridicule.

Brissac l'animait à cette dépense d'activité. Il courait à son côté, les Espagnols couraient du leur; et c'était un curieux spectacle que de les voir tous trois se rencontrer tout à coup nez à nez sur quelque place à laquelle, arrivés chacun par un chemin différent, ils se heurtaient au grand rire des badauds qui attendaient l'événement sans se donner autant de mal.

Telle fut une de ces rencontres le lendemain du départ de Mayenne. La duchesse venait de déboucher de la rue Saint-Antoine sur la place de Grève. Brissac arrivait par les quais, le duc de Feria venait avec son état-major par la rue du Mouton. Un grand peuple était rassemblé sur la place, car l'on allait y pendre un homme.

La potence était dressée. On n'attendait plus que le patient.

Brissac s'étant informé de ce qui se passait, le duc de Feria lui répondit que le coupable était probablement un émissaire du roi de Navarre pris une heure avant, et sur lequel on avait saisi un billet destiné à jeter l'alarme et la discorde dans Paris, à l'aide de promesses faites par le Béarnais.

—C'est bien imaginé, s'écria la duchesse. Qu'on le pende!

—Mais, dit Brissac, qui se voyait entouré d'une foule considérable dans laquelle il savait distinguer certaines figures plébéiennes peu bienveillantes pour l'Espagnol, a-t-on interrogé cet homme?

Le groupe se rapprocha, chacun voulait entendre le dialogue des maîtres de
Paris.

—Je l'ai interrogé, moi, dit le duc de Feria, et j'ai vu le billet.

—Bien, mais qui l'a condamné?