—Et tu ne sais pas l'indien. Quelle langue prenez-vous pour vous entendre?
—On fait ce qu'on peut. On a des signes, des mines, des petits gestes; on invente un langage; chacun y met du sien. C'est très-gentil.
—Ce doit être charmant; mais incomplet. La pantomime est impuissante à expliquer les détails politiques, les questions litigieuses et les particularités de famille. Comment s'appelle-t-elle?
—Oh! un nom délicieux: Ayoubani.
—Ayoubani est délicieux, en effet.
—En sorte que je voulais, reprit naïvement Pontis, t'emprunter la maison du Faubourg. Je ne puis aller chez Ayoubani, qui est surveillée par ses femmes, et par je ne sais quel prince mogol, jaloux comme un jaguar. S'il me voyait chez elle, il la tuerait.
—Pauvre Ayoubani! Mais, s'il la voit chez toi, est-ce qu'il ne la tuera pas de même? Explique-moi un peu cela.
—Tu me demandes des choses incroyables, s'écria Pontis: quand je te dis que nous ne pouvons presque pas nous entendre elle et moi, comment veux-tu que j'entame avec elle de pareilles subtilités? Je l'aime, voilà tout. Et je crois bien qu'elle m'aime aussi. Veux-tu, oui ou non, me servir dans mes amours?
—Mon ami, tu te méprends sur mes intentions, dit Espérance, riant de voir Pontis ainsi courroucé, je brûle de te servir, mais je voudrais savoir comment. Le devoir d'un ami est de veiller sur son ami, tu me l'as déclaré tout à l'heure et je suis convaincu. Or, si le prince mogol vient te demander des comptes, que feras-tu?
—Dans ta maison, je saurais me défendre et protéger Ayoubani.