—Prends donc ma maison.
—À la bonne heure.
—Et tu me feras voir cette Indienne-là. Je n'en ai jamais vu.
—Malheureux! elle ne quitte presque jamais son voile.
—Je suppose que tu le lui feras quitter quelquefois, quand ce ne serait que pour voir ses yeux noirs.
—Je connais son caractère; si elle savait que je la montre à quelqu'un, elle serait capable de ne plus revenir! Attends un peu, laisse-moi l'apprivoiser. Plus tard, nous te présenterons.
—Comme tu voudras, dit Espérance. Mais pardonne-moi, il me vient encore une idée ridicule.
—Dis-la toujours.
—Si vous n'usez tous deux que de la pantomime, comment Ayoubani a-t-elle pu t'expliquer une chose aussi compliquée que celle-ci: «Je suis veuve, et l'on a voulu me brûler vive; je ne veux pas que personne me voie, et si vous me faites voir à quelqu'un, je vous quitte à jamais. Du reste, j'irai si vous voulez, dans une autre maison, à la condition que le prince mogol, qui est jaloux de moi, ne saura pas ma démarche.» Je t'avoue, Pontis, que voilà des explications difficiles à donner sans parler, et, pour ma part, je ne me chargerais ni de les fournir ni de les comprendre. Il y a surtout le mot: mogol, que je ne saurais rendre par un geste.
Pontis haussa les épaules à son tour.