—Appelons vos gens, si vous voulez, et vous l'apprendrez en même temps qu'eux. Vous hésitez. C'est le bon parti. Je vois que vous êtes un homme sage.
—J'ai compris, dit la Ramée, que vous essayeriez de débaucher mes soldats par quelque promesse du roi ou même par des calomnies.
—Je leur prouverai tout simplement que vous n'êtes pas plus Valois que je ne suis la Ramée, et cela les refroidira.
—Monsieur! s'écria le jeune homme pâle de colère, prouvez!
—Je veux bien, dit Crillon en s'approchant de la fenêtre en même temps que Pontis appuyait la pointe de son arme sur la chair frissonnante de la Ramée, qui s'arrêta.
On entendit heurter doucement à la porte. Les trois compagnons s'apprêtèrent. Le front de la Ramée s'éclaircit, il allait pousser un cri d'alarme. Pontis raidit sa main, la lame mordit. Espérance étendait déjà les bras pour recevoir un cadavre.
—J'avais fermé les verrous, dit Crillon; ouvrez-les, Espérance, et laissez entrer chez monsieur tous ceux qu'il voudra recevoir. Vous, Pontis, rengainez.
Le visage de la Ramée devint livide. Par excès de bravoure il n'avait pas crié, mais cette assurance de ses ennemis l'accabla. Il perdit contenance.
—Si je voulais, murmura-t-il, nous péririons tous ensemble; mais j'ai ma destinée, vous ne l'arrêterez pas dans son essor. Il est écrit que je serai heureux et glorieux malgré vos papiers et vos poignards.
Crillon sourit et haussa les épaules.