—De deux choses l'une: ou je me tairai, que ferez-vous de moi? ou je crierai, et vous me tuerez… Que ferez-vous de vous?

—Je ne comprends pas bien, dit Crillon.

—Oui. Si je me tais, vous voudrez me taire signer quelque chose, ma renonciation, par exemple… J'admets que je la signe. Comment ferez-vous pour sortir du camp. Et si vous me tuez ce sera bien pis, que diront mes soldats? Votre sûreté est de tout point bien aventurée.

—Monsieur, repartit Crillon, vous raisonnez si bien que c'est plaisir de discuter avec vous.

—Oui, mais il ne faut pas que la discussion soit longue, dit la Ramée, car vous allez vous faire surprendre.

—Merci, restez calme et ne songez pas tant à nous, car nous sommes sûrs de notre affaire. Oui, nous vous eussions tué si dans le premier mouvement vous eussiez appelé à l'aide; nous vous tuerions même encore si vous le faisiez, parce que les soldats sont portés tout d'abord à se jeter comme des dogues sur ceux que leur maître leur désigne, et que nous ne voulons pas être massacrés avant explication. Mais faites une chose, appelez tranquillement par la fenêtre, ou laissez l'un de nous aller appeler vos principaux officiers, les soldats même si cela vous plaît mieux. Nous sommes prêts.

—A vous battre trois contre mille! s'écria la Ramée riant forcément, mais riant de cette fanfaronnade.

—Non pas, monsieur; il ne faudrait pas m'en défier cependant. Seulement, j'y succomberais. Non, nous ne nous battrions pas contre votre armée; nous lui lirions certains papiers qui sont dans ma poche, et le combat deviendrait impossible.

La Ramée, froidement:

—Que disent ces papiers? demanda-t-il.