—Vous allez à Monceaux, reprit le jeune homme docile en replaçant lentement la main de Gabrielle sur ses genoux.
—À Monceaux, oui, ce soir, à la nuit tombante. Vous viendrez me rejoindre.
Il tressaillit, et la flamme qui brilla dans ses yeux fit à la fois plaisir et peine à Gabrielle, qui devina le sens donné par l'amant à ces imprudentes paroles.
—Là! dit-elle avec mélancolie, voici que ces mots si simples, si naturels, allument le cerveau de mon ami et lui font oublier qu'il ne saurait être question entre nous ni de ces rougeurs enflammées ni de ces rêves qui incendient l'imagination.
—C'est vrai, repartit Espérance du même accent doux et triste, de vous à moi, le mot: nuit, signifie seulement: ténèbres, et le mot: se rejoindre, ne veut dire que: causer affaires et sourire. Je l'avais oublié un moment, pardonnez-moi. Vos yeux sont si éloquents qu'on se croit toujours appelé à leur répondre!
Gabrielle baissa la tête, en proie à une émotion que sa noble loyauté ne cherchait pas à cacher.
—Oui, murmura-t-elle, j'ai tort de vous regarder ainsi. Mais comment empêcher les yeux de refléter chaque mouvement du coeur? J'y tâcherai cependant, si vous l'exigez.
—Tout ce que vous faites, tout ce que vous dites est bien, Gabrielle, et je vous en remercie. C'est moi qui suis coupable de désirer plus quand je devrais me trouver si heureux! mais voilà, ce me semble, les piqueurs qui m'ont aperçu et se rapprochent.
—Alors, abrégeons, dit vivement Gabrielle, qui s'arracha à la douce torpeur de son corps et de son âme. Je vous ai mandé, Espérance, pour obtenir de vous un service que vous seul pouvez me rendre, dévoué, discret et brave comme vous l'êtes.
—Commandez.