D'autres yeux voyaient de loin cette scène, mais de loin, nous l'avons appris par le rapport de Concino. Ce dernier, prudent et paresseux, eût payé bien cher le droit d'entendre sans risque les phrases qui s'échangèrent sous la voûte rembourrée du carrosse.

—Savez-vous, Gabrielle chérie, que vous êtes bien imprudente!

—Savez-vous, mon Espérance aimé, que vous êtes bien peureux, ce matin!

—Il vous a donc fallu de graves motifs pour sortir à pareille heure et me mander ainsi au grand jour à la barbe des espions!

—Ils nous verront peut-être, mais ils ne nous entendront pas, j'imagine.
Regardez un peu si vous voyez mes écuyers.

Espérance sortit sa tête du carrosse et interrogea la route qui tournait dans le bois.

—J'en vois un là-bas, dit-il, qui poursuit l'autre de coups de branches qu'il a cueillies. Je gage qu'ils ont dix minutes d'avance sur nous.

—Rien ne vous empêche donc de prendre et de serrer ma main. Serrez-la bien, cette main, car chacune des fibres qui la traversent aboutit à mon coeur, qui se fond de plaisir quand je vous vois, quand je vous touche.

Espérance prit la tiède main de Gabrielle et la promena sur ses yeux, sur sa bouche, en la caressant d'un continuel baiser.

—On est plus calme, à présent, dit Gabrielle, dont les joues avaient pris la teinte nacrée des roses blanches. Assez, Espérance, assez! nous avons besoin de raison, moi pour parler, vous pour m'entendre.