—Monsieur, répliqua Gabrielle, si je pouvais, sans vous affliger, citer un nom de votre famille… un nom encore enveloppé de deuil….

—Ma soeur… murmura Mayenne.

—Oui, monsieur, Mme de Montpensier: elle est la seule personne de votre maison qui ait mérité l'inimitié du roi.

Mayenne garda le silence.

—Nul n'ignore ajouta la charmante diplomate, combien le roi est bon et prompt à oublier les offenses.

—Cependant, il arme encore maintenant, et au lieu de laisser tomber peu à peu la guerre, il se prépare à ruiner mes dernières ressources.

—Vous n'êtes pas un adversaire qu'on puisse ménager.

—Si vous saviez, madame, comme je suis fatigué de ces querelles, dit le duc en s'essuyant le front, d'où ruisselait la sueur, malgré la nuit, malgré la fraîcheur de la grotte; si vous saviez, depuis la mort de ma soeur surtout, combien je sens le vide de toutes ces prétentions. Roi! je n'ai jamais voulu l'être; seulement, duc et prince je suis né, je voudrais mourir dans mon état.

Gabrielle se tut à son tour. Elle offrit à Mayenne un canon de vin, des biscuits et des fruits.

—Ma démarche vous a prouvé, dit-il en acceptant le verre, que je désire entrer en arrangement, mais non pas comme un rebelle vaincu. J'ai une armée encore, et s'il survivait en moi une seule goutte de ce fiel ambitieux qui animait ma malheureuse soeur, j'arriverais à me faire offrir des conditions meilleures. Ah! madame, Dieu vous préserve de comprendre jamais ce qu'il en coûte pour gagner le nom de grand capitaine! Le roi a eu ce bonheur de s'illustrer en invoquant le bon droit. Moi, je suis un révolté. Je fais bonne mine aux Espagnols, qui me détestent et que j'exècre. Chaque fois qu'on se bat, mes alliés me voudraient voir mort et je voudrais les voir tous tués. Tous mes amis tombent les uns après les autres, ou, fatigués, me quittent. Je me trouverai bientôt seul. L'âge vient. Je suis gros, lourd, et il a fallu pour venir ici que votre guide me hissât sur mon cheval. Quand trouverai-je un bon accord qui me rende le repos, la considération publique et des amis heureux de m'avouer. Hélas! tout cela, il le faut conquérir par la guerre, et je ne serai vraiment honoré, vraiment tranquille que du jour où une balle d'arquebuse m'aura couché sur le champ de bataille.