Le nom de Mayenne retentit dans cette assemblée comme un éclat de tonnerre, et quand, à la lueur des flambeaux, chacun reconnut le duc au bras du roi, la stupéfaction s'exhala par un murmure qui caressa doucement le coeur de Gabrielle. M. d'Auvergne en pâlit de désappointement.

—Oui, messieurs, dit le roi en pénétrant dans la grande salle du château, mon cousin de Mayenne me signifie que je n'ai pas de meilleur ami que lui, et je déclare ici qu'il n'aura pas désormais de meilleur ami que moi.

—Grâces en soient rendues à Dieu, dit Sully en s'approchant avec un visage rayonnant de joie.

—Et grâces surtout à madame, répliqua le roi en désignant Gabrielle, car c'est elle qui a tout fait par son esprit, par son coeur et son amitié pour moi. Je lui dois la paix et la fortune de mon royaume.

Puis, au milieu du silence qui planait sur l'assemblée bouleversée par un dénoûment si imprévu:

—Allons, dit le roi, qu'on serve Mme la duchesse!

—La duchesse! demandèrent quelques gens surpris par ce titre nouveau, car
Monceaux n'était qu'un marquisat.

—Oui, répéta le roi. Mme la duchesse de Beaufort, marquise de Monceaux et de Liancourt. C'est le nom que madame doit porter à compter d'aujourd'hui.

—Oh! sire, dit Gabrielle, où s'arrêteront vos bontés?

—Plus loin! répondit tout bas le roi. Mais nous sommes servis, donnez-moi le bras, mon cousin. Ah! Gabrielle, quelle idée vous avez eue là de me réconcilier avec Mayenne!