—Elles ont dit cela! s'écria Henriette les yeux brillants de joie.
—Oui, mademoiselle.
—Bien! bien!… à la petite maison? C'est là que Leonora va conjurer les esprits. J'en sais un sur lequel elle ne compte pas, et qui sera de la partie!
XVI
LA GRANGE DE LA CHAUSSÉE
Si l'on cherche la plus riche expression de la beauté humaine, elle est assurément sur les traits et dans l'attitude de l'homme de vingt ans qui marche au combat ou à un rendez-vous d'amour.
Il est brave: il aime. Son sourire est fier et doux. Pas une pensée qui ne soit éprouvée par la générosité du coeur, pas un mouvement qui ne participe de l'action réunie de toutes ses facultés. Il a besoin de prudence, on le voit à son regard actif et réfléchi; de force, son pas est ferme et son geste souple; il est heureux, son front rayonne, et quiconque apercevrait dans la brume du soir ce cavalier rapide, devinerait qu'une pensée au-dessus des nuages de l'humanité vulgaire transporte ainsi resplendissants l'homme et le cheval.
C'est qu'il est doux de songer au bonheur qu'on va recevoir et donner; c'est que la confiance de l'amant suffirait à lui créer une beauté ravissante. Espérance a choisi l'étoffe et les couleurs qui plaisent à Gabrielle, il sait le parfum qu'elle préfère. Elle regardera ces broderies, cette dentelle, elle touchera ce gant, elle appuiera sa main sur le satin de cette épaule. Qui sait si, plus hardie, plus éprise, elle ne reposera pas un moment son coeur sur cette écharpe frémissante à chaque battement du coeur d'Espérance.
Car, en courant, le jeune homme emplit son cerveau de doux rêves. Voilà pourquoi, parti lentement, il a peu à peu pressé son cheval qui finit par dévorer l'espace pour obéir à l'involontaire ardeur du cavalier.
Nul doute: le ciel est marbré, les nuages rosés s'éteignent peu à peu dans l'azur; en haut, tout reluit encore, sur terre, l'ombre noircit et les masses de feuillage s'arrondissent vaguement, tout présage la liberté, le silence; c'est un de ces jours comme n'en comptent point toutes les années de la vie. L'air est chauffé au degré des coeurs, une molle langueur tiédit les brises, l'eau refoulée se déroule sur les rives sans chocs, sans bruit, et les roseaux s'y plongent d'eux-mêmes pour ne point faire résistance. Il n'y a pas d'énergie, il n'y a plus de lutte dans la nature. Des yeux qui se rencontreraient, n'auraient pas la force de se fuir, des bras qui se joindraient ne se désuniraient pas, des lèvres qui auraient commencé à murmurer le mot amour ne sauraient l'achever sans mourir dans un éternel baiser.