—Mon ami, reprit Gabrielle, vous sentez bien que j'ai repoussé aussitôt un pareil honneur, moi qui le mérite si peu.

—Et pourquoi le méritez-vous si peu? demanda Espérance.

—Parce que je n'ai plus que de l'amitié pour le roi et parce que ses bienfaits même, n'ont pu réchauffer mon coeur glacé; parce qu'enfin je vous ai donné tout mon amour.

À ces mots prononcés avec une simplicité inexprimable, Espérance, bien qu'il sentît son coeur se fendre, garda l'expression rêveuse et grave qu'il avait prise au début de l'entretien. Il cherchait encore à se leurrer lui-même. Il luttait contre cet épouvantable orage qui menaçait d'engloutir tout son avenir.

—N'était-ce point une épreuve que le roi voulait vous faire subir? demanda-t-il. N'essayait-il pas de tenter chez vous un orgueil bien légitime?

—Non. Il m'a montré des lettres qu'il envoie à Rome pour décider le saint-père à rompre son mariage avec la reine Marguerite. La réponse, au dire de l'ambassadeur, ne saurait être contraire aux volontés du roi.

—C'était, en effet, le seul obstacle, Gabrielle; et puisque le voilà détruit, rien ne va plus s'opposer à votre fortune.

Il prononça ces paroles sans amertume, sans colère, sans affectation d'un courage qu'il n'avait plus.

—Rien? dit-elle surprise.

—Non, rien.