Espérance se leva et prit la main de la jeune femme.
—Je crois, dit-il avec effort, que nous ne nous sommes pas compris.
—Comment?…
—Vous voudriez deux choses, Gabrielle: d'abord l'expression plus vive de ma reconnaissance… Vous l'avez reçue aussi vive, aussi chaleureuse que j'ai pu l'arracher de mon sein. Vous voudriez aussi me voir joyeux et triomphant. Mais pourquoi? A cause du sacrifice que vous me faites, n'est-ce pas? Or, ce sacrifice je ne veux pas l'accepter.
—Vous n'acceptez pas; vous voulez que j'épouse le roi!
—Oui.
—Mais c'est notre éternelle séparation, Espérance, songez-y donc.
—Je le sais bien.
—La maîtresse du roi a pu jeter les yeux sur un homme digne d'être aimé. Fière de rester innocente et pure, elle a pu abandonner son coeur à cet amour; elle a voulu lui laisser envahir toute sa pensée, toute sa vie; mais la femme du roi, Espérance; mais la reine… Oh! la reine ne peut plus aimer, même dans l'ombre la plus profonde de son coeur.
—C'est vrai, murmura-t-il d'une voix étouffée.