Et elle plaça sa main sur le creux même de son estomac.

—Vous souffrez, vous avez trop chaud?

—Non, ce n'est pas encore cela.

Elle porta trois doigts à sa bouche avec le mouvement un peu trivial qui, chez tous les peuples, mimes ou non, signifie: Moi vouloir manger.

—Elle a faim, s'écria Pontis, pauvre ange! Elle a tant sauté!

Il courut au buffet dans lequel plusieurs flacons brillèrent aux feux des bougies. Pontis, homme de précaution, avait toujours sous la main quelque victuaille: il trouva des fruits, et servit devant Ayoubani une collation qui, à défaut de somptuosité, avait au moins le mérite de l'impromptu.

L'Indienne se versa à boire et but comme un oiseau pourrait le faire. Elle demanda de l'eau, et tandis que Pontis, le dos tourné, cherchait avec difficulté ce liquide très-rare dans son buffet, Ayoubani fit tomber dans le verre quelques gouttes d'une liqueur contenue dans un petit flacon de cristal de roche.

Pontis apporta la carafe et voulut verser, mais Ayoubani lui tendit le verre pour qu'il le vidât en son honneur. Il obéit en souriant, elle lui en offrit un second qu'il refusa, fidèle, malgré son délire amoureux, à la promesse de tempérance qu'il avait faite à son ami.

Ayoubani mêla beaucoup d'eau à son vin et but. Puis devenue plus communicative, elle prit Pontis par les deux mains en essayant de le faire danser avec elle.

Tenir Ayoubani dans ses bras, la couvrir de baisers malgré sa résistance, puis lutter de vitesse et de légèreté avec elle, pour reprendre par intervalles le combat des étreintes et des baisers, telle fut pendant quelques rapides minutes l'occupation du jeune homme qui avait oublié l'univers et voyait au bout de cette fougueuse ivresse de la danse, l'ivresse plus douce encore de l'amour.