—Quel événement? Voyons, Pontis, tâche de parler comme parlent les hommes et non comme parlent les enfants qui ont peur d'être grondés.
Pontis se redressa. Le ton l'avait blessé presque autant que le mot.
—Mon cher, dit-il, j'avais rendez-vous hier avec l'Indienne Ayoubani. Elle a amené des surveillantes qui lui sont imposées par le Mogol, mais en femme d'esprit qu'elle est, elle en a jusqu'au bout des ongles, elle a occupé ces femmes avec des instruments de musique. En sorte que nous avons passé une soirée enivrante.
—Enivrante est le mot, murmura Espérance sans se dérider.
Pontis le regarda de plus en plus troublé et ajouta:
—Ce fut un délire comme tu peux le concevoir.
—Eh bien! mais, dit Espérance, tout cela ne me prouve pas que j'aie eu raison hier.
—Sans doute, s'il n'y avait que cela… Mais au fort de mon délire, est-ce fatigue, est-ce excès de bonheur, je le croirais plutôt, je me suis endormi.
—Ah! dit Espérance d'un ton sec qui fit ressembler ce monosyllabe au claquement du chien d'un mousquet qu'on arme.
—Et pendant mon sommeil, continua Pontis un peu tremblant, mais affectant de rire, la drôlesse d'Indienne a voulu voir de près le médaillon.