—Soyez tranquille, colonel, dit Pontis.

—Il ne tentera rien, répliqua Espérance. Désormais c'est un homme mort: mais pourquoi nous quittez-vous, monsieur; est-ce une indiscrétion de vous le demander?

—Nullement. J'ai fait observer au génovéfain que c'était un crève-coeur pour moi de quitter ce pays en y laissant un millier d'hommes armés contre notre roi Henri IV. Le frère prétend que sans chef ils se dissiperont tout seuls. Moi je dis qu'il suffit de la duchesse, ou de l'Espagnol, ou de M. de Mayenne, pour donner une vie dangereuse à ce corps de mutins. Je les veux réduire.

—Vous seul?

—J'ai mon plan, ne vous mettez pas en peine. Il me reste une recommandation à vous faire, Espérance, c'est de vous défier de votre tendre coeur. Songez qu'il faut que ce la Ramée soit roué vif en place de Grève. Pas de négligence.

—Le pauvre insensé!

—Quant à vous, Pontis, on vous a pardonné votre débauche de l'autre soir; vous l'avez réparée par un bon service à partir du moment où vous nous avez rejoints. Cependant vous remarquerez que le chien Rustaut s'est le mieux conduit en cette circonstance. Mais si vous touchez d'ici à Paris un verre qui sente le vin, je vous fais pendre comme un coquin.

—Monsieur, monsieur, murmura le garde, épargnez-moi et faites-moi l'honneur de me corriger autrement que par des menaces.

Après avoir ainsi tout réglé, Crillon mit la troupe en chemin. La Ramée marchait entre Espérance et Pontis; frère Robert suivait, armé d'un long pistolet qu'il cachait sous sa robe.

Crillon donna une lettre au génovéfain pour le gouverneur de Château-Thierry, qu'il priait d'accorder une escorte au prisonnier et de fournir un chariot couvert pour l'enfermer, de peur que sa ressemblance avec Charles IX n'éveillât quelque soupçon chez les malintentionnés du pays.