Le génovéfain, s'approchant de ce dernier:

—Cette lettre, lui dit-il à demi-voix avec un regard pénétrant, c'est la perte d'une femme ou plutôt d'un monstre qui, si vous ne l'étouffez, perdra elle-même Gabrielle.

Espérance tressaillit. Pourquoi frère Robert lui disait-il cela, à lui, avec ce mystère? Il savait donc tout, il devinait donc tout, cet étrange personnage?

Pontis approuva le moine très-haut et très-vivement.

—Avec les traîtres, disait-il, toute ruse est légitime.

Mais Crillon rougissait déjà sous le regard dédaigneux de la Ramée. Il prit la lettre des mains de frère Robert et la donna au vaincu sans condition ni commentaire.

La Ramée l'ouvrit précipitamment, la lut et demanda du feu. Espérance se hâta d'aller lui chercher une lumière dans la pièce voisine. Alors le prisonnier brûla le fatal papier, et en dispersa au vent les cendres ou plutôt la fumée, qu'il suivit du regard jusqu'à ce que tout se fût évanoui.

À partir de ce moment il s'assit et ne donna plus signe d'inquiétude ni même d'attention à ce qui se passait autour de lui.

Mais Crillon et le moine avaient délibéré et discuté. Plus d'une fois le chevalier avait paru en désaccord avec son interlocuteur; cependant celui-ci finit par céder. Crillon s'approchant de Pontis et d'Espérance, qu'il prit à part:

—Vous allez, dit-il, conduire le prisonnier à Paris; frère Robert vous suivra. Vous hâterez le pas, et à la moindre tentative de rébellion, à la moindre apparence de secours qui serait offert à la Ramée, pas d'hésitation, cassez-lui la tête.