—Quand il aura la lettre, dit-il tout haut, vous ne le dominerez plus.

—C'est vrai, mon frère, répliqua Crillon; mais j'ai promis.

—Cette lettre, continua opiniâtrement le moine sans s'inquiéter de la colère convulsive qui commençait à agiter la Ramée, c'est à la fois la conviction de son crime et la preuve de ses intelligences avec les plus cruels ennemis du roi. Il n'est pas le seul qui mérite d'être puni.

—Je l'ai achetée de ma vie; elle est à moi, s'écria la Ramée.

—Et je l'ai promise, répéta Crillon. Il faut la rendre.

—Ce devrait être déjà fait, chevalier de Crillon, dit la Ramée, en se déchirant les doigts à coups d'ongles.

—Ne la rendez que lorsqu'il sera mis en sûreté à Paris, messieurs, interrompit le moine.

—Ce serait manquer à ma parole, dit Crillon. Donnez, frère Robert, donnez la lettre à ce jeune homme.

—Au-dessus de votre parole, il y a le salut de l'État et du roi, s'écria frère Robert.

—Au-dessus d'une parole donnée, il n'y a rien, dit Espérance.