—Détour, subterfuge. Vous êtes l'esprit le plus net et la volonté la plus ferme que je connaisse, malgré votre masque d'Apollon. Quand un homme trempé comme vous pince ses lèvres, c'est pour ne pas faire la grimace. Quand il fait la grimace, c'est qu'il souffre! Plus un mot qui ne soit une réponse péremptoire. Je questionne; répondez: Pourquoi êtes-vous changé, pourquoi êtes-vous caché, pourquoi êtes-vous brouillé avec Pontis? Enfin, pourquoi partez-vous? Oh! ne vous tourmentez pas ainsi les mains avec vos ongles, n'essayez pas de détourner vos yeux, de crisper votre bouche! Je suis là, je vous tiens, je vous veille. J'attends!

En disant ces mots avec toute l'autorité de son âge, de son rang, de sa renommée, Crillon arrêta Espérance au coin de l'allée près d'un banc, loin de tous les yeux, il l'assit non sans une certaine violence et se plaça à ses côtés.

—Pourquoi partez-vous? répéta-t-il.

Espérance fit un effort et dit:

—Parce que je m'ennuie à Paris, monsieur.

—C'est impossible. Vous êtes riche comme pas un de nous; en bonne santé, aimé, recherché de tout le monde, vous ne pouvez vous ennuyer.

—S'il en était autrement, partirais-je?

—Je vois que j'ai mal posé la question; vous êtes très-habile et essayez encore à m'échapper. Cela me prouve combien vous avez peu d'amitié, d'estime pour moi.

—Monsieur! je viens de vous dire que je n'ai plus que vous au monde.

—Eh! mordieu! si vous m'aimez, faites que je le voie! Vous êtes bien jeune, moi, bien vieux, c'est à moi de donner l'exemple du courage. Cependant si je me sentais blessé je vous crierais: au secours!