—Ah! monsieur, l'on n'a pas toujours ce bonheur de pouvoir crier quand on souffre.
—Ces mots s'échappèrent avec un soupir douloureux.
—A d'autres, c'est possible, mais à moi, s'écria le chevalier, on peut tout dire; je suis Crillon, moi!
—C'est vrai. Eh bien, pourquoi le cacherais-je? vous le voyez trop bien, je suis malheureux.
—Toi, mon enfant, dit le brave guerrier avec un accent plein de tendresse. Espérance est malheureux, mais depuis quand? reprit-il avec un redoublement de défiance.
—Oh! la date ne fait rien, chevalier.
—Il n'y a pas longtemps encore tu rayonnais.
—Ce temps est passé; mais n'en parlons plus. Les chagrins sont une part de la vie. La vie nous est imposée: bonne ou mauvaise, il la faut prendre. Quand j'étais heureux, je n'ai point poussé des cris de joie, pourquoi aurais-je aujourd'hui une douleur bruyante? Non. Seulement, les accès peuvent me trouver faible, et je ne veux me donner en spectacle à personne. Voilà le motif de mon départ.
Crillon secoua tristement la tête.
—Espérance, murmura-t-il, le motif n'est pas celui-là.