—Voilà une audace étrange! dit-il en italien. Avez-vous perdu le sens,
Leonora, pour oser vous présenter chez moi?

—Speranza, interrompit l'Italienne, est-ce que vous avez eu l'imprudence de répondre par écrit à la duchesse?

Espérance sentit son coeur défaillir à cette terrible question.

—Si vous avez écrit, ajouta rapidement Leonora, reprenez la lettre; il en est temps encore.

—Je ne sais ce que vous voulez dire, madame, balbutia-t-il fort pâle.

—Je dis que si Gratienne porte sur elle un écrit de vous, elle, la duchesse et vous, vous êtes perdus tous trois! Rappelez-la donc, s'il en est ainsi, et brûlez votre lettre comme vous venez de brûler celle de la duchesse, dont la fumée plane encore sous cette voûte.

—Un nouveau piège, n'est-ce pas? murmura Espérance partagé entre la défiance et la terreur.

Leonora gravement:

—Depuis Villejuif j'ai suivi Gratienne, je l'ai vue entrer chez vous; il ne dépendait que de moi de la saisir, de l'empêcher d'arriver jusqu'à vous ou d'intercepter son message. Gratienne vient de sortir, nos agents sont au dehors, elle ne ferait point cent pas sans être arrêtée avec votre lettre! Voila pourquoi je vous dis: rappelez Gratienne, Speranza. Me comprenez-vous? Est-ce un piège?

Espérance ne trouva rien à répondre. L'argument était écrasant; son air abattu prouva qu'il était persuadé.