—Allons, tant mieux, continua Leonora, voyant qu'il restait immobile. Vous n'avez pas écrit, tant mieux. Mais j'ai d'autres choses à vous dire; recevez-moi chez vous ou dans le jardin, comme il vous plaira; je ne puis parler ainsi sur l'escalier.

En achevant ces mots, elle redescendit. Espérance la suivit, dompté, stupéfait.

Lorsqu'ils furent dans le jardin et que le jeune homme eut pris le temps de se remettre en garde contre la nouvelle attaque qu'il prévoyait:

—J'écoute, dit-il, non sans être étonné de votre équivoque démarche, mais j'écoute.

—Jamais, répliqua Leonora, vous n'avez eu plus besoin de votre attention. Speranza, quoi que soit votre désir de me trouver en défaut, pénétrez-vous du sens de mes paroles. Figurez-vous que c'est une prophétesse antique qui vous parle.

—Je vous savais déjà devineresse, interrompit ironiquement Espérance; antique, je l'ignorais.

—Pour l'amour du Christ, ne raillez, pas. Depuis notre dernière entrevue vos ennemis ont fait des progrès rapides, immenses. Ils sont arrivés au but de leur ambition et touchent à celui que s'était proposé leur vengeance. Un avenir trop prochain vous fera comprendre mes paroles forcément obscures aujourd'hui. Speranza! depuis longtemps j'entends dire que vous allez partir et vous ne partez pas. De chez moi je surveille chaque jour vos indécisions, je vois faire et défaire mille fois les apprêts destinés à tromper des yeux moins clairvoyants que les miens. Aujourd'hui, plus de délai possible. Tout touche à l'événement. Speranza partez!

Elle avait parlé avec tant de solennité, d'autorité douce, sa parole était si vibrante et si affectueuse à la fois, toute sa personne respirait une émotion si vraie ou si bien jouée, que le jeune homme en fut touché trop profondément pour le dissimuler.

—Mais je pars demain, vous le savez bien, vous qui savez tout, répondit-il. D'ailleurs, ce conseil, quel sentiment vous le dicte? Ce que j'ai vu de vous me permet de suspecter même vos services.

—C'est vrai, dit-elle tristement; mais oubliez mes actes et n'observez que mes paroles. Souvenez-vous que j'ai commencé par vous aimer!…