La lampe d'or aux larges flancs frappés de riches sculptures, tombait du plafond, retenue par trois longues chaînes du même métal. C'était un présent de Charles-Quint à François Ier. Deux belles toiles de Raphaël et de Léonard de Vinci, chefs-d'oeuvre qui valaient deux fois l'or de la lampe, brillaient, dans leurs panneaux, de cette calme et noble fraîcheur de l'immortalité.

Espérance jeta un regard distrait sur ces merveilles. Ce qu'il cherchait, c'était la tapisserie sous laquelle allait apparaître Gabrielle.

Gratienne fit sonner un timbre et partit précipitamment. Bientôt un bruit de pas rapides fit trembler l'âme du jeune homme, une lourde étoffe bruit, et la portière se leva. Gabrielle accourait, les joues pâles de joie, les yeux, ses doux yeux! noyés d'une larme chatoyante comme une perle.

Elle ouvrit ses bras en appelant Espérance et le retint longtemps sur son coeur sans qu'ils eussent, l'un ou l'autre, la force ou l'envie de prononcer un seul mot.

Cependant elle prit la main de son ami, et contempla d'un oeil attendri les ravages que tant de douleurs avaient imprimés sur cette beauté sans rivale.

Lui, la laissait penser, souriait et s'inondait du bonheur de la voir. Elle fut la première à rompre ce charmant silence.

—Avant tout, dit-elle, n'ayez ni inquiétude ni réserve. Cet endroit, le plus dangereux de tous en apparence, est en réalité le seul qui soit sûr, car il est le seul où nos espions ne puissent pénétrer. Au-dessus de nous est la chambre de Gratienne. Mon appartement se trouve absolument débarrassé des gens de service, qui me croient au lit et soupent. Je n'aurais à redouter qu'une visite du roi; mais il soupe lui-même et chacun de ses mouvements me sera annoncé par Gratienne un quart d'heure avant que personne ait pu arriver ici. Si le roi montait après souper, comme il vient de le faire dire par Beringhen, vous auriez dix fois le temps de passer chez Gratienne par l'escalier qui communique à ma ruelle.

—D'ailleurs, répondit Espérance en lui pressant les mains, le roi soupe longuement après la chasse, et je ne serai probablement plus chez vous lorsqu'il aura fini.

—Cela importe peu, interrompit Gabrielle. J'ai tant de choses à vous dire que les instants, si longs qu'ils soient, nous paraîtront toujours trop courts.

—Rien n'approche pour l'intérêt, de ce que j'ai à vous rapporter, ma Gabrielle. Votre rendez-vous, ne me fût-il pas arrivé hier, que je vous eusse, ce matin, fait demander audience.