Le lendemain matin seulement, arrivèrent les dames. Henri alla au-devant de Gabrielle qu'il trouva mélancolique et froide, malgré les efforts qu'elle faisait pour se vaincre. Le temps ne disposait pas à la gaieté, il était gris, aigre; les nuages couraient chargés de neige, qu'ils n'osaient envoyer sur terre parce qu'on était au printemps, et que c'eût été contre les lois de la guerre; mais cette neige parcourant l'espace, se vengeait en promenant partout sur son chemin la rigueur d'un froid de décembre.
Cependant les arbres poussaient déjà leurs feuilles vertes et l'oiseau chantait dans les bois. Dans la forêt on voyait s'ouvrir ces longues perspectives fraîches dont l'oeil est caressé; les tapis d'émeraude émaillés de fleurs se déroulaient sous les voûtes verdoyantes des chênes. Il ne manquait au tableau qu'un sourire du soleil. Il eût sans doute tout ranimé sur la terre, les plantes et les coeurs.
Henri conduisit Gabrielle dans les parterres où l'armée des jardiniers essayait de faire fleurir trop tôt ces lilas et ces roses qui, quinze jours plus tard, se fussent épanouis magnifiquement tout seuls. La marquise était enveloppée d'une mante fourrée, le roi, en guerrier qui brave les saisons, se promenait dans une tenue printanière, pourpoint de satin mauve et haut-de-chausses blanc. C'était d'une fraîcheur à faire trembler.
—Comme vous voilà sombre, marquise, dit le roi en prenant une des mains de Gabrielle, vous grelottez et vous boudez. C'est la représentation exacte du temps qu'il fait.
—J'avouerai, sire, qu'en effet j'ai froid et aux épaules et à l'esprit.
—Et au coeur?
—Je n'ai pas parlé du coeur, sire, dit doucement Gabrielle.
—C'est toujours cela de sauvé!… Vous m'en voulez de vous avoir fait quitter Paris, marquise, vous préférez Paris?
Gabrielle rougit. Peut-être le vent devenait-il plus froid.
—Je n'ai jamais, répondit-elle, de préférence sans consulter le bon plaisir du roi.