—Vive le roi! répétèrent les nouveaux convertis.
Crillon sentit qu'il n'y avait pas un moment à perdre. Il fit plier le camp à la hâte, réunit les officiers, les caressa, leur promit ce qu'ils voulurent et les emmena derrière lui, laissant la masse à elle-même, bien assuré que le corps suit toujours la tête.
Cette troupe d'officiers fut entraînée avec une telle précipitation; Crillon, sur la route, leur fit donner tant de soins; il y eut dans cette marche tant d'ordre et d'adresse à la fois; le rusé guerrier sut si habilement à chaque ville que traversaient les détachements, les entourer de troupes fidèles qui achevaient ou maintenaient la conversion, que, dans un délai invraisemblable, on vit entrer à Paris tout ce qui naguère s'appelait l'armée du roi Charles X.
Crillon rangea cette troupe en bataille au faubourg Saint-Martin; il eut soin de lui donner la plus favorable apparence, et, se mettant à la tête avec une bonne humeur irrésistible, il conduisit au Louvre ces ligueurs qui menaçaient, huit jours avant, de mettre à feu et à sang toute la France.
—Sire, dit-il au roi, qui n'en pouvait croire ses yeux, j'amène à Votre Majesté un régiment de volontaires qui ont détruit en Champagne les garnisons Espagnoles. Ils voudraient bien savoir ce qu'est devenu un certain la Ramée soi-disant Valois, qui fomentait là-bas une sédition et se faisait appeler Majesté.
—Il est en prison au Châtelet, dit le roi avec un sourire, et on instruit son procès en ce moment.
IV
PREMIÈRE CHASSE
Le roi était parti pour chasser à Saint-Germain. Mais la pluie étant venue, la chasse ne put avoir lieu.
On passa la journée assez tristement dans le vieux château, et le roi au lieu de parcourir la forêt, travailla, joua ou dormit. La cour s'ennuya plus que lui.