—Criminelle s'il le faut, je ne serai pas lâche, dit la duchesse en serrant la main d'Espérance, je suis à vous; c'était à moi de réfléchir avant de vous livrer ma destinée! Il est trop tard! Si le roi est juste, il me rendra bientôt mon enfant.

—Soyez tranquille, Gabrielle, Mlle d'Entragues se chargera de vous le faire rendre. Ainsi, plus d'hésitation, tout est bien convenu?

—Tout.

—Demain soir nous verra réunis ou séparés à jamais, car je vous préviens d'une chose: si l'on nous arrête, je me défends! Or, se défendre contre un roi c'est deux fois provoquer la mort.

—Nous nous défendrons, Espérance, dit avec calme la duchesse. Mieux vaut succomber ensemble que de languir séparés dans une prison.

—Puisqu'il en est ainsi, repartit Espérance touché de cette fermeté, rien ne nous retient plus, et nous surmonterons tous les obstacles. Les nuits sont longues encore. Nous arriverons à Dieppe avant que nul n'ait songé à nous poursuivre. Car il faudrait pour que le roi nous fit rejoindre, qu'il eût donné des ordres dans les six heures qui suivront notre départ: or, il ne le connaîtra peut-être que vingt heures après. Nous serons déjà hors de France.

—Dieu vous entende!

—Nous aiderons Dieu, mon amie. Il voit la pureté de mon coeur; il sait les combats que j'ai livrés à cet amour; il en connaît le dévouement invincible.

—Dieu sait, Espérance, que vous êtes ma seule ambition et ma seule félicité.

—Il entend le serment que je fais devant lui, s'écria Espérance, de vous aimer tant que mon coeur battra, tant qu'un souffle effleurera mes lèvres, tant qu'une goutte de sang restera dans mes veines.