—A vous aussi toute ma vie, s'écria Gabrielle en passant ses bras au col d'Espérance, qu'elle regarda si passionnément que les larmes leur vinrent aux yeux et roulèrent confondues le long de leurs joues dans le solennel baiser dont ils scellèrent ce serment.

—Mais nous voilà tout tristes, reprit le jeune homme. Pour des gens sûrs de leur bonheur, c'est de l'ingratitude.

—Est-ce bien de tristesse, croyez-vous, que mon coeur est ainsi gonflé? Quelquefois on pleure de joie; mais il est un moyen assuré de tarir mes larmes? ne t'éloigne pas, serre-moi dans tes bras.

—Demain, rien ne nous interrompra plus. Mais aujourd'hui, pardonnez-moi de le rappeler, Gabrielle, l'heure s'avance.

—L'heure… Vous partez! s'écria-t-elle avec un accent qui fit impression sur Espérance.

—Il le faut.

—Non! non! restez! Ce n'est qu'ici, ce n'est que près de moi que vous êtes en sûreté!

—Le roi peut venir après le jeu; ne m'exposez pas à me cacher, Gabrielle. Et puis, comment perdrais-je toute cette nuit, que je puis si utilement employer aux préparatifs de la réunion éternelle?

—Oh! mon Dieu, dit Gabrielle, rêveuse, abattue, je n'avais pas pensé que vous dussiez partir. Quelle noire nuit!

—Elle me cachera mieux.