—Le vent gronde.
—Il étouffera le bruit de mon pas. Rappelez vos esprits, ma bien-aimée; commandez à Gratienne de me faire sortir.
—Oh! non, s'écria la jeune fille, qui avait entendu. Autant j'ai pu vous aider à votre arrivée, autant je serais suspecte en vous reconduisant. Prenez la clé de madame, elle ouvre toutes les portes du château, le roi seul a la pareille. Avec cette clé vous n'aurez besoin de personne, et c'est important à une pareille heure, car il se fait tard.
—Entendez-vous, Gabrielle, il se fait tard. A demain.
—Pour toujours! Espérance, interrompit-elle en l'arrêtant, passez cette nuit dans la chambre de Gratienne, que je garderai près de moi, et demain au jour….
—Madame, laissez-le partir, dit Gratienne; au jour on le reconnaîtrait.
—Qu'il parte donc… Mais ainsi… oh! ainsi ne le reconnaîtra-t-on pas malgré les ténèbres, malgré tout? Laissez votre chapeau, Espérance, votre manteau brodé, et endossez celui de mon intendant. Ceux qui vous verront passer vous prendront pour un homme à moi.
—Oh! il est bien à vous, dit en souriant Gratienne, qui fut embrassée pour cette saillie par les deux amants à la fois.
Déjà elle avait donné au jeune homme le manteau désigné par Gabrielle; et ainsi travesti, Espérance était méconnaissable. Plus de prétexte, il fallait partir! Le coeur de la maîtresse éclata en douloureux sanglots que les baisers de l'amant ne surent pas étouffer, et dont il se troubla lui-même sans pouvoir s'en rendre compte.
—A demain! répétait Gabrielle, à demain! à demain! Quel chemin prend-il,
Gratienne?