Espérance s'étant arrêté pour voir, l'ombre marcha de son côté, puis s'arrêta aussi. Inquiet alors, il descendit précipitamment, et bientôt des pas retentirent derrière lui aux premières marches de l'escalier.
—Me suivrait-on? pensa-t-il un peu ému.
Mais comme il connaissait parfaitement Fontainebleau et ses inextricables détours, il se flatta d'avoir bientôt perdu l'espion, si c'en était un. En conséquence, il doubla le pas et enfila un autre corridor qui aboutissait an pavillon de l'Orangerie.
Un pas net, prompt et sonore sur les briques du corridor, lui annonça que sa piste était bien suivie.
Espérance réfléchit qu'il fallait couper au plus court, gagner une porte, et, si on osait le suivre jusqu'au dehors, en finir avec l'ennemi. Il accéléra sa course en se dirigeant vers la porte qui, de l'Orangerie, mène à la cour des Princes. Mais là son oeil subtil aperçut la grille fermée, et derrière, un peloton de soldats assis dans la cour, essayant d'allumer un feu que la bruine éteignait malgré tous leurs efforts.
—Pourquoi un poste là? pensa-t-il, ce n'est pas l'habitude. Mais je n'ai pas besoin de passer absolument par la cour des Princes. Commençons par sortir d'ici.
En effet, demeurer là eût été dangereux. Il pouvait se trouver pris entre la grille et l'espion dont il entendait se rapprocher les pas au-dessus de lui dans les montées.
Il se blottit dans un angle, retenant son haleine, pour laisser passer et examiner un peu son persécuteur. Son attente ne fut pas trompée: l'homme arriva courant, et passa devant lui à trois pas. Espérance avait envie de se jeter dessus et de l'étouffer; mais il pouvait pousser un cri, les soldats pouvaient entendre. Un pareil scandale dans la maison du roi perdait sans rémission tous les intérêts si précieux qu'Espérance défendrait mieux par une adroite évasion.
A la faible lueur des tisons grésillant dans la cour, Espérance entrevit vaguement la forme de l'espion. C'était une ombre maigre, déhanchée, qui forçait l'allure de son pas et soufflait déjà comme un chien acharné sur un cerf.
Espérance s'élança hors de son coin, et plein d'une idée nouvelle, il rebroussa chemin, tandis que l'espion, collé aux grilles, se demandait par où la proie s'était échappée. Remonter l'escalier, tirer la clé que lui avait donnée Gratienne et ouvrir la porte d'un corridor à gauche, fut pour le jeune homme l'affaire d'un moment. Il se trouva ainsi dans un passage embarrassé de charpentes dont plus tard Henri IV devait faire la célèbre galerie des Cerfs.