Et il appuya ses lèvres sur le visage du chevalier. Puis, faisant un effort pour s'approcher de son oreille, il murmura tout bas:

—Celui-ci, pour Gabrielle….

Et il exhala le dernier souffle. Ses lèvres, entr'ouvertes, n'achevèrent point ce suprême baiser.

Crillon resta un moment écrasé, sans comprendre. Mais quand il sentit que ce noble coeur ne battait plus, que ces yeux si doux étaient à jamais fermés, il se leva haletant, avec un rauque soupir, comme le guerrier qui arrache un fer mortel de la poitrine. Pontis, sans force et sans voix, gisait aux pieds de son ami.

—Soldat du roi, tu as obéi au roi, tu n'es pas coupable, lui dit Crillon. Je te pardonne au nom d'Espérance et au mien. Aide-moi à emporter d'ici le corps de mon fils.

Sully s'approcha, le roi fit un pas; Crillon les écarta tous deux d'un geste résolu.

—Pontis et moi nous suffirons, dit-il.

—Brave Crillon, s'écria Henri d'une voix oppressée, si tu savais ce qui se passe dans mon coeur….

—Je le comprends, sire; votre coeur n'est pas méchant, mais le désordre mène au crime; votre vie d'intrigues s'écarte sans cesse du droit chemin. Oui, la mort de ce jeune homme est un crime ineffaçable; je vous devais mon sang et non celui d'Espérance. J'ai pardonné à Pontis, mais à vous, jamais! c'est fini entre nous!

—Chevalier, dit Sully, épargnez notre maître.