—Comme eût fait le bourreau Charles IX, poursuivit le chevalier, effrayant de douleur et de colère.
—Crillon, vous m'offensez au moment où je me justifie.
Mais rien n'eût pu retenir ce torrent furieux.
—Je sers donc un roi assassin! reprit le chevalier d'une voix vibrante de rage. J'ai donc versé tant de fois pour vous mon sang, tant de fois prodigué ma vie, pour qu'on m'en récompense en égorgeant ceux que j'aime… Sire, décidément, vous m'en demandez trop.
—Mais est-ce bien Crillon qui parle… Crillon qui sacrifie son roi à un étranger?
—Un étranger, mon Espérance?
—Qu'est-il donc?
—C'est mon fils!
À ces mots arrachés au chevalier par une douleur surhumaine, le roi chancela et s'appuyant sur l'épaule de Sully ne put retenir ses larmes. Pontis tomba foudroyé la face contre terre, mais Espérance, souriant comme les anges, souleva ses bras raidis, en entoura le col du chevalier qui se penchait vers lui en suffoquant de désespoir.
—Oh! dit-il, quel malheur de mourir au moment où l'on retrouve un tel père!… Mais je suis encore trop heureux, j'aurai le temps de vous embrasser. Père… ajouta-t-il luttant contre la mort qui déjà l'envahissait de ses ombres violettes, mon père… ce baiser… pour vous!