Et il cherchait à l'éloigner.

—Dieu soit loué, vous êtes sauf! dit avec joie le vieux guerrier, un peu surpris de ce mouvement du roi, qui le poussait en arrière. Mais, sire, on a tiré! Je vois quelqu'un étendu là-bas… qui est-ce donc?

—C'est moi, moi Espérance, dit le blessé d'une voix si touchante, que le roi cacha son visage dans ses mains, et que Crillon, tout pâle, poussa un cri en s'élançant de ce côté.

—Toi! toi, blessé!… Oh, mon Dieu! pauvre enfant!… À la poitrine, si près du coeur… Mais qui est donc son assassin?

—Moi! dit Pontis, tombant à deux genoux avec un élan de désespoir dont rien ne saurait peindre la navrante énergie… moi, qui ne l'ai pas reconnu; moi, qui, pour obéir au roi, ai tué mon frère!

—N'en crois rien, Crillon, s'écria le roi, déchiré par les regrets et la honte; je voulais seulement qu'on l'arrêtât; je n'ai pas dit qu'on lui fît violence.

Sully montra la lettre d'Henriette au chevalier.

Crillon comprit tout: l'avis mystérieux lu à table, la jalousie du roi, le noble dévouement d'Espérance. Et sa généreuse indignation monta comme un flot amer de son coeur à ses lèvres.

—Ah! sire, c'est vous, répliqua-t-il en se relevant lentement, c'est vous qui pour vos querelles de femmes, faites tuer l'ami par l'ami!

—Crillon!…