—Je ne sais, sire, pourquoi, aujourd'hui, Votre Majesté me comble ainsi.

—Hélas! c'est que je vais vous perdre, Gabrielle; et l'on ne sait bien le prix de ce qu'on a, qu'au moment de s'en séparer.

Ces paroles si naturelles, si simples, avaient un tel rapport à la situation d'esprit de la duchesse, qu'elle se crut devinée, et de rouge qu'elle était devint plus pâle qu'un lis tranché. Puis, ne voyant sur le visage du roi que l'expression innocente d'un regret de circonstance, elle garda pour elle tout le poids de l'allusion. Elle en fut écrasée, et fondit en larmes.

—Vous pleurez, ma chère âme, dit Henri. Est-ce de me quitter?… aurais-je ce bonheur?

—Oui, sire, je pleure de vous quitter! s'écria-t-elle, vaincue par sa douleur trop longtemps comprimée.

—Ne partez pas alors, répliqua Henri, aussi ému qu'elle.

—Impossible, sire, impossible.

—C'est vrai. Soyez plus raisonnable que moi. Votre vue m'inspire trop d'amour pour que mes devoirs de prince chrétien n'en souffrent pas durant les saints jours de cette semaine. Allez adorer Dieu à Paris, publiquement. Montrez au peuple sa reine. Moi, je remercierai la Providence qui vous a placée près de moi.

Gabrielle haletait d'impatience et de douleur à chacune de ces paroles tendres qui cherchaient à la consoler.

—Mais, continua Henri, nous n'endurerons point longtemps un pareil supplice, n'est-ce pas? vous à la ville, moi aux champs, à quinze lieues l'un de l'autre! quelle distance! J'envie le sort de ce drôle de Zamet qui vous aura chez lui. Mais je plains les pauvres chevaux qui vous vont porter tant de fois mon souvenir. Et puis, attendez-moi dimanche!