—Oui, sire, balbutia la duchesse éperdue, car elle sentait la force l'abandonner, car son coeur allait défaillir.
—J'aurai pour me consoler de vous, acheva le roi, notre petit César. Vous me le laissez, n'est-ce pas, ce cher enfant de notre amour?
Ce fut le dernier coup. Gabrielle chancela. Elle voulut répondre, mais sa poitrine éclata en sanglots, elle battit l'air de ses mains suppliantes, et sans Gratienne qui la saisit éplorée, et lui pressa les bras avec des regards parlants, nul doute qu'elle n'eût laissé échapper tout son secret dans cette torture au-dessus des forces d'une âme honnête et d'un coeur de mère. Mais Gratienne se hâta d'avertir que les chevaux étaient prêts!
Le roi, disposé par tant d'événements à la mélancolie, fut bientôt à l'unisson de cette tristesse étrange qu'en un autre moment, peut-être, il eût moins comprise. Il embrassa Gabrielle en lui répétant les plus doux noms, les plus touchantes promesses. Peu à peu, attirés par ce spectacle attendrissant, les serviteurs et les courtisans s'étaient approchés de la chambre et contemplaient, non sans émotion, ces deux époux enlacés, pleurant, et qui offraient le plus parfait modèle de la tendresse. Bientôt arriva l'enfant, porté dans les bras de sa nourrice.
—César… notre fils César… murmura Gabrielle. Oui, sire, je vous remercie de m'en avoir parlé. Je vous le recommande bien. Oh, sire! rappelez-vous bien mes paroles, je vous recommande mon enfant.
Eu parlant ainsi elle couvrait de baisers l'innocente créature qui souriait.
—Mais pourquoi, dit Henri le visage inondé de larmes, pourquoi me dire tout cela?
—Jurez-moi de vous souvenir de moi, mon cher sire, sans colère, sans mauvaise pensée, jurez-moi d'aimer nos enfants, quoi qu'il arrive.
—Gabrielle, vous me percez le coeur!
—Il se faut quitter… Sire, persuadez-vous que jamais vous n'eûtes plus sincère amie.