—Je le crois! je le sais!
—Pardonnez-moi si je vous ai offensé.
—C'est à vous, mon âme, de me pardonner! s'écria Henri vaincu et s'abandonnant à toute l'amertume de ses regrets.
—Adieu, sire… Ce mot est navrant.
—Dites au revoir, Gabrielle.
—Adieu! répéta la duchesse en promenant autour d'elle un regard obscurci par les larmes; et comme elle vit que chacun pleurait, car à tous elle avait été bonne maîtresse ou brave amie.
—Merci, dit-elle avec un de ces sourires irrésistibles qui enivrent et subjuguent. Emmène mon fils, Gratienne, sinon je n'aurai plus la force de partir.
Et pour s'arracher à cette scène, elle se dirigea vers l'escalier. Le carrosse était prêt. Une foule brillante l'entourait, prête à faire cortège jusqu'à l'endroit où la duchesse devait s'embarquer.
Le roi ne quitta pas Gabrielle. Il désigna ses meilleurs amis pour lui tenir compagnie dans le bateau. C'était une vaste barque plate, tapissée de riches tentures. La duchesse y prit place avec des dames et l'élite des courtisans qui se disputaient l'honneur de l'accompagner. Henri avait nommé un capitaine des gardes à la duchesse, et ordonné qu'on lui rendit à Paris, durant son séjour, des honneurs royaux. Chacun comprit qu'il n'y avait plus en ce bateau qu'une reine de France entourée de sa cour.
Mais Gabrielle s'effrayait déjà de l'esclavage, et cherchait un moyen de se rendre libre comme elle l'avait promis à Espérance. Au moment de prendre congé du roi, les pleurs recommencèrent, et la séparation n'eût jamais pu s'accomplir, si M. de Sully n'eût retenu son maître tandis que la barque s'éloignait lentement du rivage.