Gabrielle appelle: Espérance! du fond de ses entrailles; il ne répond pas à cette voix. Il est mort!
Elle ouvre les bras, son âme remonte jusqu'à ses lèvres; elle tombe inanimée sur le corps de son amant.
Mais elle revint à elle, le calice n'était pas vidé jusqu'à la lie. Elle entendit le récit de la douloureuse histoire. Crillon qui la tenait dans ses bras, la remercia, comme il savait le faire, d'être venue si noblement dire adieu à celui qui l'avait tant aimée.
—Son dernier mot, ajouta le chevalier, fut votre nom, madame; le baiser qu'il vous envoyait est resté sur ses lèvres.
Gabrielle se souleva vivement. Elle s'approcha d'Espérance aussi blanche, aussi froide que lui, et attacha sa bouche palpitante à cette bouche insensible.
On eût dit qu'elle cherchait à lui donner sa vie ou à lui prendre sa mort.
Crillon eut peur qu'elle n'expirât ainsi, laissant dans cette maison l'honneur fatal qu'Espérance n'avait sauvé qu'au prix de tout son sang.
—Venez, ma fille, dit-il avec douceur; songez à vous, songez au roi, songez à votre fils. Vous ne pouvez demeurer ici, Espérance ne le veut pas… Où faut-il vous conduire?
Gabrielle regarda longtemps son amant sans répondre. En sa sublime folie, elle croyait toujours qu'il allait se relever et sourire. Elle l'appela encore une fois, en suppliant Dieu comme jamais personne ne l'a supplié. Mais Dieu n'aime plus assez les hommes pour leur donner deux fois la vie.
—Espérance est mort, dit-elle enfin d'une voix calme, conduisez-moi chez
Zamet.