—Oh! j'écrirai cette bonne pensée à Sa Majesté, se dit la Varenne.
—Bon! jeûnerons-nous aussi? murmura Bassompierre. Que ne m'a-t-on prévenu ce matin, au moins! Le roi aurait dû me dire cela hier en m'envoyant avec la duchesse.
—Il va sans dire, continua Gabrielle, faisant sur elle-même un violent effort, que je ne prétends imposer mon exemple à personne. Je dirai plus: si vous vous croyiez obligés de m'imiter, vous me feriez un déplaisir sensible. Je vous prie de dîner, Zamet, et de faire dîner vos convives.
—Madame, balbutia le Florentin, sans vous que devient la fête?
—Oh! il n'y a pas de fête possible aujourd'hui, Zamet, pour moi du moins. C'est un voeu que j'ai fait. Et, s'il faut tout vous dire, pour m'excuser devant ces dames, qui m'en voudraient de les affamer, j'ai promis cette petite mortification au pape.
—En retour des bonnes nouvelles qu'il vous a envoyées de Rome? s'écria
Bassompierre.
—Précisément. Vous tous qui n'êtes pas en de pareils termes de réciprocité avec le saint-père, dînez, dînez bien; je le réclame, je l'exige.
Et Gabrielle scella cet ordre d'un sourire héroïque.
Zamet sentit derrière lui Leonora qui lui touchait le coude. Sans se retourner, il lui rendit la pression qui témoignait de leurs mutuelles angoisses.
Gabrielle dédaigna de voir ce manège. Elle le devinait. Son âme planait trop haut pour analyser ce jeu vil de quelques misérables passions.