—Au roi! pourquoi? s'écria la duchesse,

—Pour réjouir le coeur de Sa Majesté par l'assurance que sa reine le regrette.

—Ah!… fort bien; écrivez cela au roi si vous voulez, mon ami.

En parlant ainsi, Gabrielle s'avançait peu à peu dans le jardin, et s'assit, ou plutôt tomba sur un banc de gazon près des serres, les yeux tournés vers la maison d'Espérance, dont on voyait le faîte à travers les feuillages encore clair-semés.

Aussitôt qu'elle se trouva seule, elle dit à Gratienne d'une voix brève, saccadée:

—A-t-on réponse de Bezons?

—Pas encore, madame.

—Vois si le courrier arrive….

—Oui, madame.

—Comme il me fait attendre! comme il me fait souffrir! murmura la duchesse… Ah! frère Robert, je vous croyais plus dévoué… Ayez donc pitié d'une pauvre femme, frère Robert. Et toi, mon doux ami, mon Espérance, ajouta-t-elle en contemplant la maison voisine avec une expression douloureuse, pardonne-moi de tant tarder. Si je ne suis pas déjà au rendez-vous, ce n'est pas que j'aie peur. Ce n'est pas que mon âme ne s'élance ardemment vers la tienne. Tu le crois, n'est-ce pas? tu le vois du ciel où tu m'attends avec confiance. Mais si j'eusse accepté le repas de Zamet, peut-être serais-je déjà morte, et c'est trop tôt. Avant de partir pour ce voyage, j'ai quelque chose à demander à frère Robert, à notre ami, à celui qui le premier, peut-être, a deviné notre amour. Tu sais ce que je veux de lui, n'est-ce pas, Espérance? on sait tout là-haut! Sois patient. Aussitôt que j'aurai la réponse du bon frère, les serres de Zamet ne sont pas loin, je ne tarderai plus, sois tranquille!