Espérance n'avait pas fait cent pas hors du Châtelet, que toutes ses mesures étaient prises.
L'idée de sauver la Ramée avait fini par dominer chez lui toutes les autres. Il y emploierait toutes ses ressources, sa fortune, le crédit de ses amis, celui de Gabrielle même.
Mais le temps pressait. La condamnation prononcée, la torture subie, il ne restait au prisonnier que bien peu d'heures à vivre. Espérance songea d'abord à se procurer avec Henriette l'entretien qu'il avait promis à la Ramée d'obtenir. Cette démarche révoltait le coeur d'Espérance; mais, nous l'avons dit, nul moyen n'effraie une somme de dégoûts et de difficultés supérieure à la grandeur d'âme du jeune homme.
Ce dernier avait l'esprit fécond comme le coeur. Il se dit que pour obtenir vivement un entretien de Mlle d'Entragues, sans se compromettre, sans écrire, sans aller chez elle, c'était à Leonora qu'il lui fallait s'adresser.
Il écrivit donc à l'Italienne un billet en langue toscane, qui contenait à peu près ces mots:
«J'ai besoin de voir à l'instant la personne que vous m'avez montrée le jour du bal, sous les lierres du mur de Zamet. Je me fie à votre amitié pour m'amener cette personne. Vous l'accompagnerez pour qu'elle ne redoute pas un piège, et vous pouvez lui dire que son intérêt le plus cher sera engagé dans cet entretien de quelques minutes. Qu'elle choisisse le lieu de l'entrevue.»
«Vous rendrez ainsi service à deux personnes, dont l'une, celle qui vous parle, vous promet toute sa reconnaissance.»
Il signa Speranza, et ne douta pas du succès.
—Ainsi, pensa-t-il, ce monstre viendra. Je la persuaderai ou ne la persuaderai pas, peu importe; mais comme je veux sauver le prisonnier, je le ferai sortir dans tous les cas de sa prison.
Pour cela, que faire?