Aller trouver le brave Crillon, qui peut tout sur le roi. Crillon, le seul capable d'aborder le roi à toute heure, et d'enlever à la pointe de l'épée une grâce aussi difficile.

Espérance réfléchit ensuite qu'il pourrait bien avoir besoin, pour l'exécution, d'un bras robuste et dévoué; il fit tenir un mot à Pontis pour le mander près de lui dans la soirée.

Toutes choses étant ainsi réglées, Espérance s'achemina vers l'Arsenal, où, ce jour-là, Crillon devait souper en grande cérémonie chez Sully. On comptait presque sur le roi, et il se faisait de beaux préparatifs.

Le chevalier causait avec ses amis quand on l'appela de la part d'Espérance, il descendit, et vit bien, à la mine longue du jeune homme, qu'il s'agissait de quelque importante affaire.

Espérance emmena Crillon dans le parterre, et sans préparation, sans détour, comme il convenait entre gens de cette trempe, il conta sa visite au Châtelet, la compassion dont il avait été saisi en voyant un homme souffrir à ce point, et il termina par ces mots: J'ai pensé qu'il y avait chrétiennement quelque chose à faire pour vous et pour moi.

—Et quoi donc, mon Dieu? demanda Crillon.

—Obtenir sa grâce.

Crillon fit un mouvement qui faillit décourager Espérance.

—Ah bien! en voici d'une autre, s'écria le chevalier, détruire la plus belle occasion qui se présente de renvoyer en enfer ce démon que le diable nous avait lâché! Vous êtes fou, je pense, de venir me demander cela.

—Non, monsieur, je vous jure que j'y ai mûrement réfléchi, au contraire, et que je deviendrais fou de honte et de douleur si je ne réussissais pas dans mon entreprise.