—Ce n'est point par moi, mademoiselle, répliqua Espérance, décidé à ne pas perdre les minutes en de vaines précautions oratoires, c'est par M. la Ramée.
Henriette pâlit et trembla. Espérance alors la regarda en face et fut frappé de l'aspect sinistre de cette physionomie si belle pour quiconque ne savait pas sous les traits voir transparaître l'âme.
—Je vous épargnerai, dit-il, les questions, je vais les devancer toutes. Voici en deux mots ce dont il s'agit. M. la Ramée est emprisonné, condamné à mort, il va être exécuté, vous le savez.
Henriette d'une voix à peine intelligible:
—Tout le monde le sait, dit-elle.
—Ce que tout le monde ignore, mademoiselle, c'est la façon dont ce malheureux a été pris, au milieu de son camp, et pris sans lutte, lui un homme brave.
—Contre le brave Crillon et ceux qui l'accompagnaient, contre de tels ennemis, dit Henriette avec une froide ironie, quelle lutte ne serait pas insensée!
—Ce n'est pas par prudence pour lui, mademoiselle, que la Ramée s'est rendu à nous. C'est un autre sentiment, bien plus noble, bien plus touchant, qui l'a guidé. Nous en avons été émus. Vous allez être émue vous-même.
—J'écoute l'analyse de ce sentiment, dit Mlle d'Entragues en s'efforçant de conserver son sang-froid, bien compromis par l'impassible mépris qui s'exhalait de chaque parole d'Espérance.
—La Ramée n'a cédé, mademoiselle, qu'à la crainte de vous compromettre, ajouta-t-il en la regardant fixement.