—Hélas, oui! répliqua Espérance sans remarquer l'horrible expression de triomphe qui s'alluma et s'éteignit sur le visage livide d'Henriette, oui, c'était son fils, et j'ai vu couler les larmes du vieillard quand, pendant ma captivité si courte, il m'a fait asseoir dans le fauteuil où dormait autrefois son malheureux enfant et où peut-être, sans le savoir, il fera reposer l'assassin cette nuit!

—Assez, assez, dit Henriette avec une précipitation fébrile qui fit croire à Espérance que ce dernier souvenir l'avait persuadée, à demain! Faites-nous savoir l'heure, et comptez sur moi.

—D'autant mieux, pensa Espérance, qu'elle ne saurait faire autrement.

—Adieu, dit-il, je retourne auprès de la Ramée.

Elle lui montra du geste le bateau qui l'avait amenée.

Il partit après avoir furtivement serré la main de Leonora.

VII

VENGEANCE DU PÈRE

Espérance rentra chez lui pour faire préparer armes, chevaux et argent. Il distribua ses ordres avec une prévoyante rapidité. Il roula autour de son corps une longue corde de soie, fine et solide, et aussitôt il prit le bras de Pontis, stupéfait à la vue de ces préparatifs. Pontis, prévenu par le billet, attendait son ami depuis quelque instants. Tous deux se dirigèrent à la hâte vers le Châtelet.

Chemin faisant, Espérance raconta au garde les évènements si importants de la journée; lorsqu'il en fut arrivé à Henriette et à la démarche qu'il venait de faire près d'elle pour sauver la Ramée, il vit Pontis lever les bras au ciel et gesticuler avec furie.