—Ah ça! mais vous êtes fou, dit-il à Espérance, quoi, vous pensez sérieusement à sauver ce brigand de la potence? Un scélérat qui a failli me faire arquebuser, qui a failli vous assassiner, qui….

—Tout cela est connu, Pontis, interrompit Espérance; pas de redites.

—Et tu as été faire des conditions avec cette Entragues! Tu as reparlé à cette créature!

—Heureusement, car tout est conclu.

Pontis se mit à rire avec ironie.

—Honnête Espérance, dit-il, qui croit qu'on peut conclure quelque chose avec une pareille femme! Elle s'est jouée de toi! Elle t'échappera!

—Je te défie de me le prouver. Je te défie de trouver une seule porte par laquelle Henriette puisse échapper comme tu dis.

—Quelle nécessité, murmura Pontis, lorsqu'on est heureux, de s'aller mêler dans les affaires de cette bande de voleurs?

—Si je raisonnais comme toi, d'après un mesquin égoïsme, j'aurais encore raison de ton argument. En me mêlant des affaires d'Henriette et de la Ramée, maître Pontis, je fais les miennes; et je ne sache rien de plus adroit, de plus utile, que cette combinaison d'un départ qui me débarrasse pour toujours de la Ramée et de sa digne complice. Oui, Pontis, dit-il avec une intention profonde, tu ne sauras jamais à quel point il m'est nécessaire qu'Henriette s'éloigne de France et n'y revienne plus. Mais cependant Dieu sait que mon intérêt ne m'a pas guidé dans la résolution que j'ai prise. Ce qui en résultera de bon pour moi, je l'attribuerai uniquement à Dieu.

Pontis fut frappé de ces considérations, mais ne répliqua pas moins en grondant que Mlle d'Entragues n'était pas encore partie, qu'elle avait de l'imagination, et saurait bien trouver un moyen de ne pas quitter Paris.