—Maintenant, monsieur, quand écrirai-je la déclaration?
—Vous trouverez dans la chambre là-haut tout ce qu'il faut pour écrire, et le gouverneur, avant votre départ, sera venu vérifier si les termes de la déclaration sont convenables.
—Le gouverneur viendra?
—Oui, dit Espérance avec un frisson involontaire, car il songeait que ces deux hommes n'eussent jamais dû se rencontrer et se sourire. Ce gouverneur est un bon vieillard, doux avec les prisonniers, obéissant à M. de Crillon, envers lequel il a de la reconnaissance. Vous ne le connaissez pas, ce vieillard?
—Non, je ne l'ai jamais vu; j'étais si troublé en entrant dans la prison. Je crois seulement me rappeler que le geôlier m'a dit une fois qu'il était huguenot.
—Huguenot ou catholique, qu'importe, pourvu qu'il vous laisse partir! s'écria vivement Espérance, dont ces détails brisaient le coeur.
—Je ne vous en parle, reprit la Ramée, que pour une raison. Un huguenot pourrait voir d'un mauvais oeil le Valois dont le père a fait la Saint-Barthélemy.
—Puisque vous signez que vous n'êtes pas Valois, dit brièvement Espérance; d'ailleurs, laissons cela. Vous n'avez pas un mot à dire au gouverneur, et celui-ci ne vous ouvrira pas la bouche. Il prendra la déclaration et s'en ira.
—J'eusse pu vous donner tout de suite cette déclaration, dit la Ramée, et partir à l'instant.
Espérance fut frappé de cette insistance de la Ramée. Était-ce un pressentiment sinistre qui poussait ainsi le prisonnier au-devant de l'heure fixée?